Paroles d’un expert «Xavier Emmanuelli»

Une initiative unique en son genre

Xavier_Emmanuelli

Xavier Emmanuelli

«père» du Samu Social de Paris
parle de la confrontation avec
la rupture que représente le retour en France

Où qu’ils soient sur la planète, bien loin du « tintamarre électoral » élyséen, ils soignent des blessures physiques et morales. Alimentent des mal nourris. Éduquent. Assistent. En un mot prennent en charge une partie des misères du monde. Un jour, ils rentreront et se frotteront aux réalités d’une société avec laquelle ils ont rompu, parfois de longues années. Et là, souvent ils déchanteront.
Ils ? Les humanitaires comme on les appelle, « French doctors » façon Kouchner, ou simples bénévoles mus par l’envie d’aider leur prochain, quitte à larguer confort et sécurité professionnelle.
« Chaque année, deux à trois mille rentrent et cherchent à se repositionner dans le monde de l’emploi. Nous les aidons à atterrir », dit Eric Gazeau. Lui, il dirige Résonnances Humanitaires, une association née en 2002, précisément pour faciliter les retours de missions. « Avec nous, ajoute-t-il, ils vident leur sac, font le point sur leur parcours
et s’ouvrent de nouvelles perspectives professionnelles en France ».
Pas toujours facile. Hier à Paris, où RH organisait une rencontre, le Camerounais de naissance Stéphane Bengono portait témoignage.
Diplômé de Sciences-Po, missionné en Afrique de l’Ouest à sa demande, par l’ONU « afin d’évaluer les facteurs de crise », il a fini par poser son sac à Paris, après des années de missions. « Pour vivre, j’ai dû faire des sondages. Je me suis même retrouvé chef d’équipe dans une société de nettoyage industriel ». Jusqu’au jour où Résonnances Humanitaires lui a permis de décrocher un poste de coordinateur au Samu Social de Paris. Il est heureux. « Réconforter l’autre dans la souffrance, c’est ma vie ».
Laurent Merillet, un quinqua dont le CV s’orne de « trente années d’humanitaire », est lui aussi tombé de haut en
rentrant en France, il y a quelques mois. L’ex-baba cool parti, comme tant d’autres, sur les chemins de Katmandou, n’a qu’un « master de l’université de la vie » à faire valoir pour diplôme, alors qu’il vient de consacrer dix ans à des enfants handicapés d’Ouzbekhistan. « Ici, on a rien compris à mon parcours. On m’a même refusé le RMI ».
Aujourd’hui, il travaille dans le pôle de réservation hôtelière du Samu Social parisien. Il organise la réservation des chambres pour les
familles en détresse. « Je vérifie si les logements sont salubres, si on n’a pas à faire à des marchands de sommeil. Je désamorce aussi les conflits latents entre hôteliers et familles hébergées. Je me sens utile. Pour moi c’est l’essentiel ».
Chapeau à Résonances Humanitaires, qui joue à fond son rôle
d’intermédiaire entre « missionnaires » rentrés au pays et employeurs
potentiels. « Cette association est une initiative unique en
son genre. Tant mieux, car peu de gens se préoccupaient
des retours de missions ». Paroles d’un expert en actions
humanitaires : Xavier Emmanuelli, co-fondateur de Médecins
sans frontières et « père » du Samu social de Paris. Une pépinière d’emplois pour anciens missionnaires.