Article de Maxime Amiot paru le 20 septembre 2007 dans la revue Stratégies n° 1469
MANAGEMENT


Du bon usage de la mission humanitaire

De plus en plus de salariés partent effectuer des missions humanitaires à l'étranger pour une longue durée. Un choix radical qui peut avoir des effets variés sur une carrière, pour le meilleur comme pour le pire.

 

page suivante
page 1
Adhérer
Communiqués
Contact
Bénévolat
L'action
L'équipe
Liens
Media

Cinq postes en dix ans de carrière, une rémunération attractive, une proposition de promotion à l'étranger... Denis Legat avait tout pour être heureux dans son poste de cadre marketing du groupe Kodak. Et pourtant, en 2000, cet homme, alors âgé de trente-trois ans, donne brusquement sa démission pour partir... au fin fond des Philippines, au sein de la tribu Kalinga, en tant que volontaire de l'Association soeur Emmanuelle (Asmae). Un choix radical : « Les " reportings ", le respect des objectifs, les réunions..., toute cette routine commençait à me lasser. J'avais envie de voir du pays et, surtout, d'être utile », explique-t-il. Il est rapidement comblé. Dès le lendemain de son pot de départ, il se retrouve dans un village sans eau ni électricité, chargé d'un projet ambitieux : « Je devais cerner les besoins de cette population, notamment en termes d'alimentation, et l'aider à développer elle-même ses cultures. » Quatre mois de travail intensif lui permettront de mettre en place un potager capable de nourrir l'ensemble du village.

À l'exemple de Denis Legat, de plus en plus de cadres n'hésitent pas à démissionner pour effectuer une mission humanitaire. Le nombre de candidatures augmente avec, en parallèle, un phénomène nouveau :

alors que jusqu'à présent, les demandes venaient principalement de jeunes diplômés, les salariés plus expérimentés sont de plus en plus demandeurs. Recherche de sens, volonté de se rendre utile, lassitude d'un travail stressant... Les raisons de départ sont nombreuses.

Mais dans les associations, les postes proposés sont rares : toujours plus professionnelles, les ONG (Organisations non gouvernementales) s'appuient désormais sur des salariés à plein temps, laissant ainsi peu de places aux volontaires et autres bénévoles. Les quelques places disponibles font l'objet d'une sélection impitoyable. « Notre processus de recrutement n'a rien à envier au monde de l'entreprise », confirme Jean-Michel Bourreau, responsable du recrutement au sein de l'Association française des volontaires du progrès (AFVP). Cette ONG a ainsi reçu en 2006 environ 1 500 candidatures, pour quelque 230 départs. Les candidats - uniquement bac +5 - sont d'abord sélectionnés sur dossier, avant d'effectuer un entretien avec une psychologue. L'objectif : déceler les aptitudes du candidat à l'expatriation et comprendre ses motivations. « Nous nous assurons ainsi qu'il ne s'agit pas d'une fuite du monde du travail ou de la société, ce qui ne produirait rien

de bon », poursuit Jean-Michel Bourreau.

Savoir justifier son choix
En termes de profils, les journalistes, attachés de presse, professionnels de la communication ou de la publicité ne sont pas les plus recherchés par les associations dans le cadre de l'aide au développement. Les ONG s'intéressent davantage aux ingénieurs, professeurs ou comptables. « Les profils de communicants sont intéressants sur des missions de gestion de projet ou d'information aux populations », précise Laurie Chambon, coordinatrice du Comité de liaison des ONG (Clong), qui regroupe quatorze associations proposant des départs en volontariat de solidarité internationale. Nicolas Bazire peut en témoigner. En 2003, ce journaliste indépendant alors âgé de vingt-cinq ans décide de partir deux ans en Guinée, via l'AFVP. « J'étais chargé de mettre en place un programme d'information sur le sida à destination des jeunes Guinéens. Cela passait par des tournées dans les classes de la région pour expliquer l'usage du préservatif, des montages vidéo, mais aussi des pièces de théâtre pédagogiques. Bref, un vrai travail de journaliste », explique-t-il.