Humanitaires : la générosité a-t-elle un prix?
Ils ont vécu des situations de stress intenses. Perçus comme des héros, ils se sont sentis utiles, mais à leur retour de missions, les humanitaires sont souvent déboussolés. Le soutien psychologique leur fait parfois cruellement défaut.
Article paru dans Questions de femmes - Juillet 2007
Gonzague RAMBAUD

Le mythe du héros
S’il ne s’agit pas de faire le procès d’ONG qui font beaucoup sur le terrain et se démènent avec de plus en plus d’efficacité et de résultats, le « mythe du héros » qui traverse balles et souffrance sans aucune égratignure psychique doit cependant s’arrêter. « Pour venir en aide aux bénéficiaires des programmes, les humanitaires doivent être choyés et protégés. S’ils ne sont pas accompagnés d’une manière ou d’une autre sur le plan psychologique, comment imaginer qu’ils puissent recevoir la souffrance des victimes, s’ils sont eux-mêmes en souffrance ? Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une vraie demande. Lorsque je me déplace pour rencontrer des humanitaires, mon bureau ne désemplit pas », souligne le psychiatre Bathold Bierens de Haan.
Un travail cependant particulièrement délicat, les « psys » ne pouvant pas « planter leur tente » en zone de conflits et observer les équipes. « Cela perturberait considérablement le travail des humanitaires, qui sont dans l’action. En revanche, des efforts doivent être portés en amont dans la sélection des candidats au départ et en aval dans l’accueil et l’écoute », note Eric Gazeau, ancien chef de mission, qui
a créé Résonance Humanitaire, une association qui aide les expatriés à faire le point au retour de leurs missions. Entre le tempo de l’urgence qui caractérise toute intervention en zone de conflits et le tempo de la psychologie, qui demande du temps et de la réflexion, humanitaires et psychologues doivent pourtant pouvoir interagir. C’est sans doute un des prochains défis que doit relever le milieu des ONG.
Quels jobs après l’humanitaire ?
Cette question, Eric Gazeau se l’est posée lorsqu’il a décidé de revenir en France, après 7 ans passés dans l’humanitaire, en Bosnie, en Afghanistan et au Rwanda, aux côtés de MSF, entre autres. « Aucune structure n’existait à l’époque pour la réorientation professionnelle des humanitaires. En 2002, j’ai donc décidé de créer Résonance Humanitaire. » L’objectif de cette association ? Faciliter les transferts de compétences entre les ONG et les employeurs associatifs et privés en France. Sas de décompression et de
réflexion, l’association permet d’envisager son avenir professionnel. Et offre la possibilité de partager avec d’anciens humanitaires les difficultés liées au retour (faibles revenus, situation instable, difficulté de raconter son expérience à ses proches, etc.). Aidés par des consultants en ressources humaines et un solide réseau, les adhérents de l’association rédigent de nouveaux C.V. et préparent leurs entretiens de recrutement. Face aux recruteurs du secteur privé, ils devront faire oublier l’image d’Épinal du romantique instable qui n’a pas la tête sur les épaules ou qui va s’ennuyer ferme dans une tour de la Défense, puisqu’il a parcouru le monde pendant plusieurs années ! « Encadrer une équipe de plusieurs personnes en zone de conflit dénote un savoir faire en management, que l’association s’efforce de valoriser au retour de mission», souligne Eric Gazeau, directeur de Résonances Humanitaires.
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Résonances Humanitaires
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