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créer des structures pour répondre à ce besoin ». Les auteurs de cette enquête évoquent trois hypothèses pour expliquer cette faille : « L’absence de compétences spécifiques des recruteurs, qui empêche ceux-ci de diagnostiquer et traiter ce type de problèmes ; le fait que le besoin ponctuel de soutien psychologique est trop souvent hâtivement assimilé à la maladie mentale ; et enfin le mythe de « l’invulnérabilité du héros », qui mène à dénier certaines désillusions rencontrées sur le terrain et susceptibles d’engendrer des pathologies ».  

Mettre les mots sur la souffrance
Et les pathologies, qui englobent la dépression, l’apathie, l’hyper activité ou encore l’alcoolisme, ne sont pas rares chez les volontaires de l’humanitaire. « Quand on rentre, on oublie les scènes dures et violentes. On en parle peu. On se souvient des bonnes choses. Et sur place, on se protége grâce à un humour, souvent noir et cynique. On ridiculise la mort en permanence », se souvient Frédérique avant de confier que ce n’est que quelques années plus tard, à la suite d’événements personnels, que l’horreur et la souffrance ont ressurgi. Et ce n’est que cinq ans après, qu’elle

peut – enfin – parler et mettre des mots sur ce qu’elle a vécu durant ces dix années d’humanitaire. « On peut comparer le traumatisme de certains humanitaires, qui ont vécu des scènes particulièrement dures sur le plan émotionnel, à celui des militaires ou des victimes de guerre, analyse le psychiatre Barthold Bierens de Hann, qui fût un des premiers « psys » à partir sur le terrain au côté du CICR (Comité International de la Croix Rouge) en 1992 lors de la guerre en Yougoslavie. Les militaires et les victimes de guerre sont pris en charge, les humanitaires pas suffisamment. Pourtant, comme les victimes de conflits, ils peuvent vivre des états de stress post traumatique qui nécessitent des soins et une prise en charge ».  

Une autre raison – cruciale - explique la réticence des ONG à s’appesantir sur la souffrance de leurs salariés : le manque de volontaires pour partir sur des zones à risque. A ce titre, le témoignage d’Amélie, 29 ans, est édifiant. « Je suis partie sur une première mission en Sierra Leone, qui a été très éprouvante. Trois semaines après mon retour, on m’a envoyé en Somalie, un autre pays en guerre. Un soir, un garde de ma maison, passablement drogué, m’a mis une

mitraillette sur la tempe. J’ai crû que mon heure était arrivée. Pendant deux semaines, je n’ai rien dit, j’étais apathique, paumée. Et puis, je me suis décidée à appeler une psy de l’association, qui m’a soutenue et m’a épaulée pendant plusieurs jours. Au retour je l’ai vu et elle m’a dit : ‘ Vu ton état au retour de Sierra Leone, tu n’aurais jamais dû repartir ; tu étais trop épuisée moralement.’ Même lorsqu’il y a des psys dans les ONG, ils ont peu de poids et peuvent difficilement dissuader les recruteurs de laisser partir une personne qu’ils jugent trop faible psychologiquement. Il y a tellement peu de volontaires pour enchaîner les missions à haut risque… » 

Il semble pourtant que, ces dernières années, une prise de conscience ait lieu dans le secteur. La création du poste du psychologue Cyril Causar, qui s’occupe exclusivement du soutien psychologique des salariés et volontaires d’Action contre la faim, en témoigne. Mais il aura fallu attendre 25 ans – ACF ayant été créée en 1979 – pour voir ce poste exister ! Tout aussi étonnant : seulement quatre psychologues sont salariés d’ACF alors que ce sont plus de 300 expatriés qui partent chaque année.  

Humanitaires : la générosité a-t-elle un prix?

Ils ont vécu des situations de stress intenses. Perçus comme des héros, ils se sont sentis utiles, mais à leur retour de missions, les humanitaires sont souvent déboussolés. Le soutien psychologique leur fait parfois cruellement défaut.

Article paru dans Questions de femmes - Juillet 2007
Gonzague RAMBAUD


 

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