Article paru dans Ouest France le vendredi 28 mars 2003.
Bernard LE SOLLEU
Volontaires en Bosnie, au
Rwanda, en Afghanistan...
Le dur retour des expatriés
de l'humanitaire

 

Photo Claude Stéfan
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Pendant dix ans, volontaires de l'humanitaire, ils ont secouru des populations en danger. Puis ils ont subi le syndrome du retour. La solitude. Aujourd'hui, une poignée d'entre eux crée une association d'entraide.

Le Breton Eric Gazeau a 41 ans. L'Auvergnat José Rocha, 38 ans. Pendant dix ans, ils ont été de toutes les grandes campagnes humanitaires. Leurs missions leur collent encore à la peau : Bosnie, Soudan, Somalie, Rwanda, Afghanistan... Ils furent des volontaires de Médecins sans frontières, de Médecins du monde et autres grandes ONG, au gré de contrats plus ou moins précaires.

"Je suis d'abord parti pour trois mois en Bosnie, en 1992, raconte Eric, à l'époque cadre dans une entreprise. Dans le business, je ne m'épanouissais pas. J'ai voulu tenter une belle aventure humaine." Il va vivre dix ans "intensément, passionnément, parfois avec la peur au ventre, dans le stress des combats, mais ce n'est rien à côté de la souffrance du retour."

José, lui, était chauffeur de poids lourds. Son ancien patron lui confie un jour de 1993 un transport d'aide médicale

Il y contracte le virus de l'humanitaire. Il a tout connu, José : pour Pharmaciens Sans Frontières en Albanie. Il y contracte le virus de l'humanitaire. Il a tout connu, José : la joie des rencontres, la peur des snipers, une prise d'otages. Deux mois et demi aux mains des Serbes, sous les bombes.

Il y a un an, il est rentré d'Afghanistan, épuisé, atteint de paludisme. "J'ai pensé qu'il était temps de retrouver une vie un petit peu normale." Mais c'est la solitude et le chômage, l'ANPE et le RMI. "Je me suis senti étranger, dévalorisé, sans le sou. Je suis rentré chez mes parents, à 38 ans, dans le Puy-de-Dôme, comme un gueux. Le vide total. La galère." Il lui faudra huit mois pour reprendre pied, revenir à Paris et retrouver du travail.

Une association pour s'entraider.

Eric a vécu également ce sentiment d'étrangeté, ce "syndrome de l'ancien combattant". Il a cherché un poste de permanent au siège d'une ONG. Mais ils sont rares. Il a vécu du RMI, comme 30% des expatriés de l'humanitaire.

"Nous qui avons vécu la grande solidarité des expatriés, qui sommes plutôt des gens démerdards et à forte personnalité. Eh bien ! en France, nous n'étions plus rien !"

Entouré d'une poignée d'anciens volontaires, il a donc créé une association d'entraide, "Résonances Humanitaires". Ses objectifs ? Solidarité. Aide à la reconversion. Valorisation de l'acquis. A l'ANPE, s'insurge Eric, "on met immédiatement de côté votre engagement humanitaire, comme si vous n'aviez pas acquis en dix ans in savoir-faire professionnel". José a eu plusieurs entretiens d'embauche pour reprendre son métier de routier. "La plupart des patrons m'observaient en se disant, c'est un baroudeur, ce gars-là ne va pas rester."

Eric Gazeau et ses amis souhaitent faire évoluer l'actuel statut de volontaire, beaucoup trop précaire quand l'engagement se prolonge au-delà de deux ans. "On ne souhaite pas l'assistanat. On ne veut surtout pas décourager les vocations. Mais il faut que les ONG aident les anciens à capitaliser leur expérience." L'idée fait son chemin. Eric Gazeau a pris son bâton de pèlerin. Les premiers soutiens arrivent.