Article paru dans le Nouvel 
Observateur du jeudi 16 juin 
2005. Stéphane Arteta.
Y a-t-il une vie après le volontariat?

LES NAUFRAGES DE L'HUMANITAIRE

Partir aider les plus démunis à l’autre bout de la planète, c’est le choix que font chaque année plus de 4 000 Français. Mais attention à la gueule de bois :chômage, précarité et difficultés de logement les attendent souvent au retour.

page 1 - page 2

 

Adhérer
Communiqués
Contact
L'action
L'équipe
Liens
Media

Pourquoi ne pas chercher un job en CDI au siège parisien d’une ONG? Faut pas rêver! Les grandes organisations proposent tout au plus 200 postes de salariés par an en France. Or, chaque année, près de 5 000 volontaires rentrent de mission… La concurrence est donc rude. Côté entreprises, ce n’est guère mieux. Car le secteur privé, pourtant prompt à célébrer l’esprit d’initiative, ne voit pas toujours les humanitaires d’un bon œil: l’image de voyageurs anars ou de hippies leur collent encore aux basques. «Si on ne porte pas une soutane ou si on n’est pas un grand chirurgien, on passe pour des instables un peu babas ou mystiques. Ou bien des routards attardés», témoigne une infirmière qui a passé trois ans en mission d’urgence dans plusieurs pays d’Afrique. Au retour, elle a retrouvé un job, mais pas la sérénité: «On se sent en décalage mais ce qui finit de nous fragiliser, c’est le regard que portent les gens sur notre engagement: comme s’il fallait à tout prix être asocial ou illuminé pour se consacrer aux autres.»

Partir en mission humanitaire n’a pourtant pas grand-chose à voir avec un trip initiatique. C’est même une affaire de professionnels désormais. Les volontaires sont souvent bardés de diplômes. Selon Résonances Humanitaires, plus de 70% ont un niveau d’études supérieur ou égal à bac+4. Certains, comme Myriam, ont même suivi des formations spécialisées dans les métiers de l’humanitaire comme Bioforce à Lyon. Sans oublier les programmes pointus sur le management, la sécurité ou la logistique que proposent avant chaque mission la plupart des grandes ONG.

Mieux: sur le terrain, beaucoup ont exercé des responsabilités de coordination et d’encadrement, se transformant pour l’occasion en véritables patrons de PME. Mais l’engagement qui a fait leur fierté ne convainc pas toujours les recruteurs qui continuent à les considérer comme d’incontrôlables «têtes brûlées». Daniel Mulard, ancien DRH dans une entreprise de distribution avant de devenir président de Résonances Humanitaires, en sait quelque chose. «Les mentalités changent un peu. Mais alors que l’on vante souvent les mérites de la mondialisation dans les entreprises, la plupart des DRH continuent de se méfier de ces personnes qui ont voyagé, qui ont pris des initiatives et qui sont bilingues, au minimum», se désole-t-il. Un phénomène typiquement français. Dans les pays anglo-saxons, les volontaires sont très demandés par les entreprises. C’est même tellement bien vu que certains se voient proposer des contrats en or dans le privé avant même que leur mission ne soit terminée.

Au siège de l’association, des «expats», comme ils s’appellent entre eux, passent régulièrement pour s’échanger des tuyaux ou faire un bilan de compétences. En gros, apprendre à se vendre. Myriam, elle, a modifié son CV: «J’ai mis en avant mes compétences et inscrit en petit le nom des ONG. J’ai décroché un job alimentaire avant de finir par trouver un emploi dans l’événementiel, ce que je voulais. En CDI. Grâce à quelqu’un intéressé par ma polyvalence et mon côté "débrouillarde"». Les plus fragiles mentalement peuvent bénéficier d’un soutien psychologique.

Mais la plupart des expats ont surtout besoin d’un accompagnement professionnel. Comme Philippe: «J’ai repris confiance grâce à un bénévole qui m’a aidé à retranscrire en langage compréhensible mes compétences. On a notre jargon. On ne sait plus communiquer. Et puis je dévalorisais mon parcours. Dans l’humanitaire, un chef de mission peut diriger quatre, cinq projets, des centaines de personnes et gérer des budgets colossaux. En France, où tout est très hiérarchisé, ça ne correspond pas forcément à un poste précis.» Ses efforts ont payé. Il vient de décrocher un poste de chargé de mission en CDI à la mairie du 7e arrondissement. «Là, je suis en train de me construire une nouvelle vie.» ?