Dossier : Régime sec pour les expatriés
LA DIFFICILE RECONVERSION DES HUMANITAIRES
Article paru dans le numéro du mois de mai 2003 (page 75). Sarah Delattre.

 

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Ce sont les caprices du temps qui ont frappé Vincent Guillemoteau, directeur de programme pour Handicap International, lorsqu'il a été rapatrié d'urgence de Côte d'Ivoire en novembre 2002, en raison des affrontements armés entre rebelles et troupes loyalistes.

"Du jour au lendemain, j'ai dû lâcher mon poste à Abidjan, abandonner mes amis pour rejoindre ma femme et mes enfants qui m'attendaient en France. Le changement a été si brutal que je n'ai pas pu m'y préparer et, pendant des mois, un sentiment d'inachevé ne m'a pas quitté", témoigne-t-il. Mais aujourd'hui, après plus de huit ans consacrés aux ONG, Vincent Guillemoteau a décidé de tirer un trait sur son passé et de rechercher un emploi fixe dans les collectivités locales ou le privé.

Pour de nombreux humanitaires, cette reconversion est souvent difficile. Après avoir côtoyé la guerre, la famine et la misère, ils ne comprennent plus les préoccupations matérielles de leur proches. Et, après des années de volontariat, ils ne savent pas toujours comment transposer leur expérience dans le secteur marchand.

De leur côté, les employeurs craignent d'embaucher ces profils atypiques, qu'ils imaginent instables et utopistes.

Une cellule psychologique pour les plus fragiles.

Quant aux ONG, si elles savent gérer des situations critiques aux quatre coins du monde, le retour de leurs expatriés est un sujet tabou qu'elle n'affrontent pas franchement. Seules les plus importantes comme Handicap International ou Médecins Sans Frontières commencent à y réfléchir. "En amont, nous recrutons des candidats qui ont au moins deux ans d'expérience professionnelle, notamment pour faciliter leur réinsertion, explique Arnaud Laurent, responsable RH terrain de MSF. Nous essayons de nouer des relations privilégiées avec des entreprises de logistique, par exemple, qui peuvent offrir des débouchés à nos équipes. Enfin, une cellule psychologique propose une aide aux plus fragiles".

C'est pour briser le silence qu'Eric Gazeau, ancien chef de mission à MSF, a décidé de créer en juillet dernier l'association Résonances Humanitaires (1).

"Nous désirons aider les expatriés à gérer leur retour et à valoriser leurs compétences professionnelles. Notre ambition est de constituer un réseau de partenaires (ANPE,APEC, entreprises, collectivités, etc.) susceptibles de proposer des postes au retour de mission. Pour épauler les expatriés dans leur recherche d'emploi, nous voulons aussi mettre en place des services de bilans de compétences et d'orientation, en relation avec des cabinets spécialisés et un soutien psychologique. A terme, nous aimerions vendre nos services aux ONG et nous charger de la réinsertion professionnelle de leurs expatriés".

Actuellement, Résonances Humanitaires compte plus de 70 adhérents. L'année prochaine, l'association espère pouvoir embaucher quatre salariés. Reste à trouver des partenaires financiers.

 

(1) Résonances Humanitaires - 116, rue de Javel 75015 Paris - www.resonanceshumanitaires.org