Article paru dans L'Etudiant Décembre 2004 - Janvier 2005 n° 269 - Baptiste Blanchet
HUMANITAIRE Entre passion et précarité
Compétences pointues exigées, postes salariés rares Difficile de faire carrière dans une ONG.

"c'est
que l'on est sans cesse confronté à des questions essentielles
comme la mort, la violence, l'injustice, la misère, la corruption,
la guerre. Et, un jour ou l'autre, toute l'action paraît dérisoire.
Avec le stress, nombre d'expatriés craquent ou sombrent dans le
cynisme. "
Et c'est sans compter le blues du retour en France, avec ce sentiment
de vide, d'inutilité, de décalage par rapport à son
entourage, avec lequel il est difficile de partager d'expérience.
Sur le site web de l'association Résonances Humanitaires, un volontaire,
de retour de mission, écrit : " On se retrouve entre expatriés
comme des anciens du Vietnam, on se referme un peu. "
Alors, comment rebondir après avoir quelques années passées en mission ? La question de la reconversion, ou de la poursuite de carrière se pose à tous ceux qui, souvent pour des raisons familiales, souhaitent quitter le terrain. Quelques portes de sortie existent dans les associations de solidarité nationale ou les collectivités locales, alors que la plupart des entreprises françaises sont plutôt frileuses à la vue des parcours humanitaires.
Des
voies limitées pour faire carrière au siège
Quant aux emplois au siège des organisations, ils sont évidemment convoités, et plutôt rares : 200 en tout dans les plus grandes ONG françaises. Le statut y est moins précaire, puisque le contrat à durée indéterminée tend à devenir la norme, mais les salaires sont, à compétences égales, entre 30 et 50 % moins élevés que dans des entreprises classiques. " La majorité des postes sont attribués aux gens issus du terrain, généralement en fin de parcours humanitaire " note Arnaud Laurent, devenu lui même directeur des ressources humaines après de nombreuses missions pour MSF.
Parmi ces postes au siège, le plus pointu est celui de chargé
de suivi de programmes, ou responsable desk. Premier interlocuteur du
chef de mission, il participe à la constitution des équipes
envoyées sur le terrain, définit les stratégies et
les moyens à mettre en uvre pour monter des opérations."
Aujourd'hui, beaucoup de jeunes ne veulent plus aller sur le terrain,
mais souhaitent démarrer au siège, ajoute Philippe Ryfman.
Et c'est pratiquement impossible. Parmi les exceptions, outre les chargés
de communication ou les juristes, les collecteurs de fonds, ou fundraisers,
occupent une place de choix. Au sein des ONG ou dans des agences spécialisées,
ces diplômés d'une école de commerce sont notamment
chargés de monter les dossiers de recherche de fonds auprès
des donateurs publics ou privés, en appliquant les techniques du
marketing. Leur poste est stratégique, et donc rémunéré
en conséquence, parce qu'ils sont le nerf d'une guerre humanitaire
qui n'échappe pas aux lois de l'économie de marché.
Baptiste Blanchet