Article paru dans L'Etudiant
Décembre 2004 - Janvier 2005 
n° 269 - Baptiste Blanchet
HUMANITAIRE
Entre passion et précarité

Compétences pointues exigées, postes salariés rares… Difficile de faire carrière dans une ONG.

 

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Une simple révolte face à l'injustice des rapports Nord Sud ne suffit pas " précise Philippe Ryfman, avocat et directeur du troisième cycle développement, coopération internationale et action humanitaire à l'université Paris I.
Par ailleurs ces métiers exigent désormais des compétences acquises via une formation.(voir l'encadré formation) C'est le cas du logisticien, qui est responsable des aspects techniques d'une mission : gestion des matériels, notamment sanitaires ou de transport, approvisionnement, sécurité etc. De son côté, l'administrateur assume sur place le suivi budgétaire, rédige des rapports financiers et s'occupe des personnels (recrutement, salaires, emploi du temps…).

Selon la nature des misions, différents spécialistes peuvent aussi être sollicités, à l'exemple des ingénieurs agronome, des responsables de sécurité alimentaire ou des hydrauliciens. Enfin, après quelques années d'expérience, souvent en tant qu'administrateurs, le chef de mission chapeaute l'ensemble d'un programme sur le terrain. Il s'occupe des relations avec les autorités locales et le siège de l'organisation et est responsable des personnels, expatriés et locaux.

Du statut de volontaire à celui de salarié

Mais, alors que les exigences des recruteurs n'ont jamais été aussi fortes, les postes restent mal rémunérés et précaires. " On se trouve dans une situation paradoxale, avec un marché exigeant en termes de compétences, mais pour lesquelles les ONG n'assurent ni le niveau de salaire, ni le statut correspondant ", souligne Eric Gazeau, ancien expatrié qui dirige l'association Résonances Humanitaires.
Manque de moyens ou question de principes ? En attendant de résoudre ce paradoxe et de bénéficier d'une situation plus confortable, les humanitaires enchaînent des missions avec le statut précaire de volontaire de la solidarité internationale. Sous contrat à durée déterminée, ils sont défrayés sur place et perçoivent une indemnité de 600 à 1000 euros par mois, plus une couverture sociale. A leur retour en France, si les expatriés ne remplissent pas les conditions pour le RMI ou l'assurance-chômage, ils peuvent toucher pendant neuf mois une prime forfaitaire de réinsertion. Dans ces conditions, est-il possible de faire carrière dans l'humanitaire ?

La question fait débat. "C'est une possibilité. Chez nous, certains arrivent de petites structures, d'autres nous quittent pour la Croix Rouge Internationale ou des agences des Nations Unies. Quand on accumule les missions avec des responsabilités, on peut finir par passer du statut de volontaire à celui de salarié ", note Arnaud Laurent, qui travaille à MSF depuis 12 ans.
" Sur le terrain, les humanitaires rencontrent diverses ONG et choisissent celle pour laquelle
ils préfèrent travailler en fonction du pays ou du secteur d'activité qui leur plaît ", raconte Guillaume Villeneuve, logisticien à ACF. Si certains parviennent à multiplier les expériences, beaucoup ne font qu'un passage, en moyenne de deux ans, en mission.

Le blues du retour

Car le terrain use. " Ce qui est à la fois effrayant et prenant, précise Stéphane Rousseau, coordinateur des questions relatives au sida pour l'OMS (Organisation Mondiale pour la Santé) aux Philippines ..."