Article paru dans L'Etudiant
Décembre 2004 - Janvier 2005 
n° 269 - Baptiste Blanchet
HUMANITAIRE
Entre passion et précarité

Compétences pointues exigées, postes salariés rares… Difficile de faire carrière dans une ONG.

 

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Depuis longtemps déjà, l'humanitaire ne laisse plus la place à l'amateurisme. Rendre opérationnel un programme d'assainissement des eaux, construire un dispensaire ou apporter des soins d'urgence dans un camp de réfugiés nécessitent forcément des savoir-faire techniques poussés. La bonne volonté ne suffit pas.
Et les candidatures fantaisistes ne résistent pas aux entretiens de motivation pour entrer dans une ONG (Organisation Non Gouvernementale). Sur les milliers de demandes de départs sur le terrain adressées l'an passé à ACF (Action Contre la faim), une centaine se sont concrétisées. Plus généralement, seuls 2700 volontaires partent chaque année en mission pour les quelques 160 ONG françaises…

Exceptions notables, les professions médicales et paramédicales sont toujours cotées, avec des pics au moment des crises sanitaires et des épidémies. " Ceux qui nous contactent ont de grandes chances de partir rapidement sur le terrain ", assure Arnaud Laurent, responsable des ressources humaines chez MSF.

Naviguer entre pénurie de médecins…

Toutes les spécialités sont recherchées : chirurgiens, anesthésistes, sages-femmes, laborantins, nutritionnistes et surtout infirmier(ère)s. Des situations d'urgence aux programmes de développement de longue durée, les missions ne manquent pas. Et un volet important des activités concerne la formation des personnels locaux.
En plus d'être très demandés, ces professionnels bénéficient souvent, sur le terrain, d'une capacité d'initiative importante et peuvent constater l'utilité de leurs interventions pour les populations. .Mais les conditions financières peu encourageantes et la peur de compromettre leur carrière en France sont des freins à l'engagement. " Comme la plupart des médecins n'acceptent de partir que quelques semaines pendant leurs congés ou le temps d'une disponibilité, nous devons diversifier nos sources de recrutement, constate Arnaud Laurent. Et, nos french doctors sont plus souvent étrangers, notamment américains. " Restent ceux qui décident de se consacrer plus longuement à l'humanitaire.

Ils enchaînent alors les missions, pour finir par occuper des postes de coordinateur au sein de structures françaises ou anglo-saxonnes, nettement plus généreuses en terme de rémunération.

…et afflux de logisticiens

Loin de la pénurie constatée pour les médecins et infirmier(ère)s, les métiers dits techniques, de la logistique à la gestion, connaissent, quant à eux, un afflux de candidatures bien supérieures aux besoins. D'autant plus, comme le souligne Florence Daunis, responsable de ressources humaines chez ACF, que " le nombre de postes reste limité, car nous formons sur place de plus en plus de personnels locaux ".Parmi les expatriés, la plupart des candidats retenus sont plutôt jeunes et diplômés : les trois quarts ont entre 24 et 35 ans et un diplôme bac +3 ou bac +4. Et l'expérience prime. " Que ce soit pour suivre une formation aux métiers de l'humanitaire ou pour postuler auprès d'une ONG, priorité est donnée à ceux qui possèdent une expérience de terrain, bénévole ou associative.