Article paru dans Les Echos 
du lundi 11 juin 2007

Muriel Jasor
Compétences - MANAGEMENT

Pourquoi recruter des "humanitaires"
Les anciens humanitaires véhiculent de nombreux
clichés.Toutefois, petit à petit, le regard porté sur eux
par les entreprises se modifie.
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La diversité en entreprise est à dimension variable. Elle se limite communément à l'origine ethnique, au sexe, à l'âge ou au handicap, mais elle peut aussi englober des profils atypiques : des sportifs de haut niveau en mal de reconversion, des anciens de centrales syndicales, des « humanitaires ». Ces derniers, comme tous ceux qui entrent dans le champ de définition de la diversité, véhiculent de nombreux clichés. Plus encore que d'autres, ils traînent la réputation d'être incontrôlables et peu gérables.Petit à petit, toutefois, du fait de la professionnalisation croissante du secteur caritatif, leur perception par l'entreprise se modifie. Des groupes comme Bouygues, Transdev, EADS et d'autres les embauchent et les apprécient.

Pour aider les uns à explorer le marché de l'emploi, les autres à mieux comprendre le milieu du volontariat, l'ANDCP (Association nationale des directeurs et cadres de la fonction personnel) et Tribu Développement (une association de sensibilisation de jeunes professionnels au développement durable), après douze mois de travail et d'échanges entre responsables RH et ONG, viennent de publier un guide

destiné à faciliter les passerelles entre les deux univers (1). De son côté, Bioforce, un centre de formation, organise, de façon ponctuelle, des ateliers de retour d'expatriation (2). Un travail entrepris au quotidien et sur le terrain, depuis cinq ans, par une association pionnière, Résonances humanitaires (3).

Si Sophie Normand, responsable RH chez DCN voit dans le recrutement des humanitaires de quoi « susciter une dynamique très forte au sein d'organisations à profond changement », des a priori négatifs persistent au sein des entreprises : les humanitaires sont rétifs à l'autorité et à la hiérarchie, ils ont d'autres valeurs, ils ne sont pas assez convaincants et vendeurs... Or, il y a de tout dans l'humanitaire : des diplômés comme des gens formés sur le tas, des gens efficaces et pleins de conviction et d'autres qui se cherchent une voie. Tous ne savent pas valoriser les acquis de leur expérience : chiffrer les budgets gérés, présenter un CV en termes utilisés par l'entreprise, structurer un projet professionnel, etc. Mais, dans les grandes et moyennes ONG, les choses ont beaucoup changé ces dernières années. Les exigences en termes de professionnalisme et d'engagement y sont devenues considérables.

Relier les deux univers

« Les humanitaires ont été coordinateurs ou responsables de mission, parfois très jeunes. Et ils se sont occupés de sécurité, d'approvisionnement, de plannings dans des conditions pas toujours roses et idylliques », relève Susanne Ohn, RRH chez Nielsen et bénévole au sein de l'association Résonances humanitaires. Et, pas d'angélisme, comme partout ailleurs, ils se sont aussi heurtés à des jeux de pouvoir, des rivalités et des conflits à gérer. De quoi favoriser la maturité, l'autonomie, la polyvalence, l'adaptabilité et la tolérance.

Au préalable, ces professionnels ont aussi dû passer sous les fourches Caudines de pros des ressources humaines. C'est le cas au sein de l'ONG Première Urgence (4) : entretiens, tests théoriques, comportementaux (Papy), managériaux. « On teste aussi leur aptitude à la vie en collectivité », insiste Catherine Tétart, responsable RH de l'ONG.