Article paru dans les Echos du
19 octobre 2005. 
Caroline Montaigne

La réinsertion des anciens humanitaires

Du volontariat humanitaire au salariat dans le privé, il pourrait n'y avoir qu'un pas. En réalité, la transition reste difficile, en raison de préjugés de part et d'autre.

 

 

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Plus complexe encore, être chef de projet en ONG est une fonction valorisante, alors qu'elle l'est beaucoup moins dans le privé. « Quand un recruteur voit ce terme sur un CV, il se dit d'emblée que ce n'est pas terrible », remarque Jean-Marie Nessi, PDG d'une entreprise spécialisée dans la réassurance. Au cours de sa carrière, il a été amené à recruter deux anciens humanitaires. Pour faciliter leur intégration, il a mis à leur disposition un lexique d'une centaine de concepts : « Ça n'a pris que quelques heures, mais c'était important en termes de communication avec le reste du personnel. »

Stages et débriefings

Autre difficulté pour les humanitaires : ne pas parler de leur expérience sur le registre de l'émotion, mais en termes d'acquis de compétences. « C'est un vrai challenge, car ils ont vécu des choses fortes. Mais ce n'est pas cela qui intéresse les entreprises », observe Jean-Michel Bourreau, de l'Association française des volontaires du progrès, qui envoie 200 jeunes par an dans le monde.

Pour les orienter à leur retour, l'ASVP leur propose un stage d'une semaine, intitulé « Bilan et perspectives ».

Débriefing de la mission effectuée, rédaction de CV, entretien avec des intervenants de l'ANPE... Certaines structures proposent une aide comparable, comme la Délégation catholique pour la coopération, mais elles sont plutôt rares".

Si les ONG préparent bien le départ des humanitaires, la majorité ne se focalisent pas assez sur le retour. Par manque de moyens financiers et humains. Si bien que des réseaux parallèles se sont créés. Résonances humanitaires est né il y a trois ans, à l'initiative d'anciens humanitaires qui avaient du mal à se réinsérer. « Notre action s'articule en deux temps : l'accueil et l'écoute, puis un travail d'accompagnement individualisé », remarque Eric Gazeau, directeur et fondateur de l'association. Une dizaine de consultants en ressources humaines y interviennent régulièrement.

Pour faire tomber les préjugés de part et d'autre, d'anciens diplômés de l'Edhec ont créé, en 2002, Tribu Développement. Cette association regroupe une cinquantaine de membres : recruteurs, DRH, consultants, responsables et volontaires d'ONG. « Sa particularité est de créer des ponts entre des mondes qui ne se côtoient pas », remarque l'un des fondateurs, Olivier Classiot.

 

Travail en équipes projets, publication de documents de sensibilisation à destination des DRH et des humanitaires... « Il faut sortir d'une logique individuelle en matière de recrutement des anciens humanitaires, poursuit-il. Aujourd'hui, c'est souvent à l'initiative d'une personne, plus ouverte ou plus sensibilisée que les autres. Il faudrait que cela devienne une logique d'entreprise. »

C'est dans cette optique que Résonances humanitaires a mis en place, depuis quelques mois, un partenariat avec Pierre & Vacances. Le DRH, Jérôme Gimenez, reçoit régulièrement des candidats envoyés par l'association : « Ils maîtrisent les langues étrangères, ils ont une ouverture d'esprit et une vraie capacité d'adaptation. C'est un vivier et cela nous permet de diversifier nos sources de recrutement. »

Dans un contexte économique morose, avec beaucoup de postulants, les entreprises préfèrent cependant encore choisir des profils classiques. Mais si le marché de l'emploi devenait plus tendu, elles n'auraient pas d'autre choix que de sortir des sentiers battus et de se tourner vers ces profils trop souvent laissés de côté.