Article paru dans Les Echos du 3 février 2005 Derek Perrotte
Compétences - MANAGEMENT
La cote des humanitaires monte chez les DRH Longtemps dédaignés par les entreprises, les candidats issus du monde de l'humanitaire reviennent lentement en grâce, pour leurs qualités personnelles.

D'un bidonville d'Haïti à un bureau de Clichy, du volontariat humanitaire au salariat dans le privé, de la passion à la raison : Vincent Barbion, jeune ingénieur, décrit le parcours qui l'a vu s'engager comme volontaire à l'Association française des volontaires du progrès (AFVP) dès la fin de ses études, en 1999, avant de revenir en France mi-2002 et d'être alors recruté par L'Oréal.
Dans
une salle de la Halle Saint-Pierre, à Paris, recruteurs, DRH, consultants,
responsables et volontaires d'ONG l'écoutent attentivement. Tous
sont réunis à l'initiative de la "Tribu Développement"
? une association Fondée par des étudiants et des diplômés
de l'Edhec ? et du club RH des anciens de l'Edhec.
Thème des échanges : "L'expérience humanitaire est- elle un plus pour être recruté en entreprise ?" Alors que nombre de jeunes diplômés affirment leur volonté de s'engager dans l'humanitaire, la question est d'importance.
Elle est même cruciale pour les cohortes de volontaires plus âgés qui, après des années de missions, se rendent à l'évidence : disposant de peu de postes fixes et salariés à pourvoir, les ONG ne peuvent leur offrir la stabilité et le salaire auxquels ils finissent par aspirer.
De grosses capacités de travail
Car au-delà de la réussite de Vincent Barbion, doté d'un diplôme prisé, la quête d'un poste en entreprise reste difficile pour nombre d'" humanitaires ". Comme l'explique Myriam Genel, vingt-sept ans, titulaire d'un IUT et revenue fin 2003 de quatre ans de missions, " nos CV n'entrent pas forcément dans les cases. " De fait, des réticences subsistent. L'instabilité supposée de ces candidats qu'on imagine repartir " sur le terrain " dès leur compte en banque renfloué, leurs difficultés présumées à s'adapter au secteur privé, des doutes sur les compétences acquises dans leurs missions, ou la peur des profils atypiques poussent bien des recruteurs à une prudence excessive.
Pourtant, comme le note Géraldine Kahn, ex-consultante et ex- DRH
dans le secteur privé, DRH de l'association humanitaire Première
Urgence, " les compétences développées dans
l'action humanitaire ne manquent pas ": prise de décision
dans un univers complexe et incertain, exemplarité et intégrité,
animation d'équipe, écoute, gestion de conflit, adaptabilité
ou encore autonomie. " Sans compter qu'ils prouvent en missions leur
capacité à beaucoup travailler, plus de dix heures par jour
et souvent sept jours sur sept ", précise-t-elle.
De fait, si, hormis la capacité à gérer des projets, le savoir-faire alors développé n'est pas toujours utile en entreprise, l'apport en terme de "savoir-être" est indéniable. A fortiori à l'heure où les entreprises revendiquent dans leur fonctionnement la promotion de nombre de ces valeurs comportementales. Résultat, "les regards changent et la cote des candidats issus de l'humanitaire remonte", assurent en chur DRH et consultants.