Article paru dans La Croix du 26 janvier 2006. Catherine Rebuffel
L'humanitaire mène à tout... à condition d'en sortir
Les anciens volontaires des ONG françaises ont du mal à retrouver un emploi en France après des années d'expatriation. Une association tente de les y aider.
Résonances humanitaires m'a aidé à faire un bilan de mes compétences, à traduire mon CV en termes compréhensibles, et à définir mon projet ". La filière "déchets" lui est alors alors apparue comme une possibilité.
Même
souci, et même réussite pour Sylvain Fauroux, 34 ans. Après
plusieurs missions sur des projets de micro crédit en Sierra Leone,
Angola, au Mozambique, au Cambodge pendant trois ans, il est rentré
pour "s'investir dans le développement local". C'est
à son retour qu'il a réalisé qu'il allait devoir
suivre une formation. Il opte pour l'alternance et développe, sur
une dizaine de mois, un projet professionnel dans une entreprise d'insertion.
"Dans
les pays du sud, on est obligé de déconstruire son modèle
pour comprendre
comment
les choses se passent. Et plus on reste longtemps éloigné,
plus la réadaptation est dure. C'es pourquoi dès le retour,
il faut se remettre dans le circuit, même pour un boulot tout simple",
conseille-t-il.
Michèle Caroff, 30 ans, a, elle, retrouvé un poste à la hauteur de ses compétences. Administratrice puis responsable de la formation dans ce secteur pendant près de quatre ans à Handicap International, elle dirige aujourd'hui le secteur administration et gestion pour le Salon des Entrepreneurs. Grâce au bilan de compétences approfondi effectué avec RH, elle a réussi à se "vendre". Au titre d'un accord passé avec RH, c'est Handicap International qui a financé ce bilan. Mais Handicap
International est seule, avec Médecins sans frontières, à proposer ce genre d'aide au retour. La plupart des ONG se préoccupent peu d'aider leurs anciens volontaires à retrouver leurs marques en France.
Pourtant, l'existence de RH est de plus en plus connue des grandes associations humanitaires. C'est par Action contre la faim, son ancien employeur, que Franck Lavigne, 34 ans, spécialiste de l'eau et l'assainissement, a pris contact avec RH. "Au début, je voulais rester dans le secteur du développement, mais il y a très peu de places, et Résonances Humanitaires m'a permis de comprendre que je pouvais me réinsérer vers une voie plus classique." Il suit actuellement un master dans le secteur de l'eau et trouvera sans doute un emploi chez les grands groupes de distributeurs. Quitte ensuite à mettre sa compétence, bénévolement, au sein d'une ONG comme SOS Sahel, qu'il apprécie.
Pour Daniel Mulard, président de RH, " il faut réduire le fossé d'incompréhension entre le monde de l'entreprise et les acteurs de l'humanitaire. Je pense que l'entreprise a besoin de ce type de personnes qui ont eu un jour le courage de tout plaquer, parce qu'ils avaient envie de comprendre les choses." Lui a été pendant 35 ans responsable des ressources humaines, dans l'industrie puis la distribution. Grâce à son réseau, il essaie de convaincre qu'il ne
s'agit pas d'une population de rebelles ou de marginaux, mais de gens "qui se sont engagés à 100 % à une époque de leur vie". "La plupart ont un niveau d'exigence, une maturité supérieure à la norme. Le plus dur pour l'entreprise c'est de savoir les intéresser suffisamment pour qu'ils ne s'ennuient pas".
> Chez les humanitaires, hors secteur médical, on trouve des gestionnaires,des ingénieurs,des logisticiens,des experts en développement de programmes socio-éducatifs ou économiques.
>Parmi
les candidats à une reconversion : 30% ont eu en charge des budgets
supérieurs à 1 million d'euros ; 75% ont travaillé
en anglais ; 50% maîtrisent plus de 3 langues ; 50% ont managé
des équipes d'un effectif supérieur à 50 personnes
dans des environnements complexes et mouvants ( conflits plus ou moins
larvés)
>75% des adhérents de Résonances Humanitaires ont entre 30 et 35 ans ; 75% ont un niveau de formation supérieur à bac +4 ; 25% ont développé des compétences méritant une " validation des acquis de l'expérience "
>Entre 3000 et 4000 personnes rentrent chaque année de mission.