Article paru dans Le Figaro du lundi 20 mars 2006. Capucine Graby.
Retravailler après une mission humanitaire
Aider les expatriés de retour de mission à se réinsérer sur le marché du travail en France, c'est l'objectif de l'association Résonances Humanitaires.
Sophie
Le Lièvre a 33 ans. Une maîtrise d'économie à
Paris Dauphine, un DESS de développement à Nanterre et des
expériences en ONG d'Haïti au Maroc en passant par le Sénégal.
Aujourd'hui, elle cherche par tous les moyens à retrouver un job
plus " classique ". C'est-à-dire en France et correctement
payé. De fil en aiguille, elle a été orientée
vers Résonances Humanitaires.
Après un premier contact avec les membres de l'association, la
voilà à un rendez-vous avec Eric Gazeau, le directeur et
fondateur, et Anne Labarrière, juriste en droit social et consultante
bénévole, qui la suit depuis qu'elle a pris contact avec
Résonances Humanitaires il y a quelques mois. Objectif de ce rendez-vous
: apprendre à Sophie à se vendre en entreprise.
A
l'origine de la création de cette association, un constat. Les
volontaires qui partent en mission avec des ONG n'ont pas droit au chômage
à leur retour et se trouvent donc dans une grande précarité.
" La moitié de ceux qui viennent nous voir sont au RMI alors
qu'ils ont une expérience et des études " indique Eric
Gazeau, le fondateur de l'association.
Résultat : nombreux sont ceux qui, dans cette phase transitoire,
sont contactés à nouveau par une ONG pour repartir sur le
terrain et font ce choix par solution de facilité.
Perdus ou dépassés
Autre constat : ces expatriés de retour de mission ont un réel besoin de confronter leur expérience, de discuter avec des volontaires aussi déboussolés qu'eux, souvent victimes de la même crise existentielle. Le terme de crise n'est pas trop fort. La majorité de ces volontaires ont vécu de longues années dans des pays en guerre, dans lesquels la famine ou les épidémies sévissent. Leur obsession, sur le terrain, est de sauver des vies ou de créer un minimum de cohérence entre les peuples qui se déchirent.
Comment
trouver sa place de retour en France quand les principales préoccupations
deviennent matérielles : trouver un logement ou un travail ?
Eric Gazeau, 44 ans, a été volontaire sur le terrain pendant sept ans, en Bosnie et au Soudan avec Solidarités puis au Rwanda et en Afghanistan avec Médecins sans Frontières. Il a vainement cherché une association ou un collectif qui puisse l'écouter ou l'orienter lorsqu'il est rentré en France et a cherché à arrêter les sauts de puce dans différents pays, sans succès. Voilà pourquoi il est à l'origine de la création de Résonances Humanitaires en juillet 2002.
Deux accueils, l'un au centre socioculturel Cerise à Paris une
fois par mois, l'autre sur rendez-vous, permettent aujourd'hui aux expatriés
de retour de mission de prendre le pouls du marché du travail en
France. Le but de Résonances Humanitaires est donc d'orienter cette
population bien spécifique. " Ils se sentent parfois perdus
ou dépassés par la société dans laquelle ils
doivent réapprendre à vivre " indique Eric Gazeau.
Une société qu'ils ne reconnaissent plus et dans laquelle
ils ne se reconnaissent plus.
Autre
objectif : " réseauter ". Depuis sa création,
l'association identifie des entreprises et explore des secteurs d'activité
qui pourraient bénéficier de l'expérience des humanitaires.
Mais il y a du pain sur la planche
car les humanitaires sont encore
souvent vus d'un mauvais il. Des partenariats ont déjà
été signés avec différentes entreprises dont
Pierre et Vacances par exemple. D'autres sont sur le point d'être
signés. " Les DRH des grandes entreprises que je démarche
sont toujours étonnés quand je leur démontre qu'il
y a autre chose sur le CV d'un volontaire de retour de mission que des
qualités de cur.
Ils ont des atouts comme une formation supérieure (selon Résonances Humanitaires, 70% ont un niveau d'étude supérieur ou égal à Bac+4 ndlr.), parlent souvent plusieurs langues et sont armés de qualités rares : ils sont autonomes et adaptables."
L'exemple anglo-saxon
Ils
ont su retrouver leur place en tant que logisticien, comptable, infirmier,
ingénieur, dans des pays et des ONG différentes : "
ils ont été à la fois en apprentissage et en autocritique
permanente " observe Anne Labarrière qui travaille bénévolement
pour l'association depuis quelques mois.
Résonances Humanitaires va donc les aiguiller. Leur donner les
moyens de redresser la tête et de rebondir en France. Leur fournir
un réseau d'entreprises, mais aussi d'associations : " Je
les envoie vers des organisme avec lesquels nous avons des relations privilégiées
comme la Croix Rouge, le Samu Social " observe Eric Gazeau.
Ce phénomène est spécifique à la France. Les
pays anglo-saxons ont par exemple compris depuis longtemps que les volontaires
de retour de mission pouvaient apporter de réelles compétences
à l'entreprise et sont souvent recruté à prix d'or.
Cent trente personnes sont passées par l'association depuis sa création en juillet 2002. Pour beaucoup, un simple coup de pouce comme une discussion ou une adresse a suffi pour leur redonner confiance en eux et redémarrer. Pour une quarantaine d'autres personnes, des rendez-vous avec des entreprises ou des associations pris dans le cadre de Résonances Humanitaires leur ont permis de retrouver un emploi. Clémence en fait partie. Après deux ans en Indonésie avec la Délégation catholique à la coopération, elle a été embauchée en tant que responsable de l'assurance qualité chez Bourgeois Chanel.