Aider ceux qui reviennent - Une poignée d'anciens volontaires a fondé, en juillet 2002, Résonances humanitaires, une association destinée à aider les expatriés de retour. L'association veut lever le voile sur un monde souvent mythifié et créer des passerelles entre le monde de l'humanitaire et les autres secteurs d'emploi, en particulier avec ceux qui partagent le sens de l'engagement citoyen. Il s'agit surtout de valoriser l'engagement humanitaire et améliorer le statut de volontaire. L'enjeu est de taille puisque selon l'association, les difficultés du retour risquent à terme de rejaillir sur les ONG. "La difficulté de trouver des profils adéquats tient aussi à la précarité du statut de volontaire", remarque Aude de Calan, chargée du recrutement chez Médecins du Monde. En outre, Résonances humanitaires a d'ores et déjà contacté des cabinets de recrutement et elle s'efforce de mettre en place des bilans de compétence. Un lieu d'accueil, d'échanges et d'orientation va être ouvert à Paris pour briser l'isolement des volontaires. "Le retour est d'autant plus difficile, conclut Eric Gazeau, président de Résonances humanitaires que le secteur de l'humanitaire fonctionne en vase clos".
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Selon les décrets de 1986 et 1995, le volontaire de solidarité internationale ne perçoit pas de salaire, mais une indemnité de subsistance, généralement comprise entre 609,8 euros et 914,69 euros par mois. Sur place, il est nourri, logé, blanchi. Au retour, s'il ne remplit pas les conditions d'attribution du RMI ou s'il ne bénéficie pas de l'assurance chômage, il peut toucher pendant 9 mois maximum une prime forfaitaire de réinsertion versée par le ministère des Affaires Etrangères.

Ces dispositions s'annulent lorsque l'association n'est pas reconnue et si la durée de la mission est inférieure à un an. Ainsi, de nombreux volontaires se retrouvent dans une situation précaire. Les plus démunis retournent alors chez leurs parents, les plus chanceux récupèrent un logement loué à un prix modique.

Le malaise est d'autant plus profond que sur le terrain, les expatriés ont un statut social envié. "Après avoir négocié avec des ambassadeurs ou des dirigeants politiques, ils se retrouvent soudain noyés dans l'anonymat", constat Christophe Moreau, chargé des ressources humaines chez Solidarités. "Je me retrouve chauffeur alors que j'avais moi-même un chauffeur en mission", note avec ironie Laurent. Les amis, quand ils n'ont pas perdu tout contact avec eux, ont d'autres préoccupa-tions : ils ont bien du mal à comprendre ces "baroudeurs". Les ex-humanitaires souffrent du syndrome du héros. "On nous voit comme superman alors qu'on voudrait être considéré comme Monsieur-tout-le-monde", rétorque Régis, qui a mis ses compétences d'architecte au service des ONG.

Au sein des familles, l'incompréhension est encore plus vive. "Ils ne comprennent pas

les enfants affamés, les villes détruites…", raconte Laurent. Alors, lassés, ces "héros" ont tendance à se refermer sur leur monde. "On se retrouve entre gens de l'humanitaire comme les anciens du Vietnam", remarque Laurent. "Le danger, c'est de vivre dans un monde irréel", renchérit Alexandre.

Ce manque de reconnaissance, ces expatriés l'éprouvent aussi pour la recherche d'emploi. A l'ANPE, le parcours humanitaire ne correspond à aucune case. Et les entreprises sont souvent sceptiques à l'égard de leurs expériences. "Les entreprises se focalisent trop souvent sur les possibles handicaps créés par un tel parcours : instabilité, esprit critique et peu apte au compromis", explique un père de famille de 38 ans, qui a passé plus de 9 ans dans une ONG.

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