Article paru dans le Figaro Entre-
prises du lundi 20 janvier 2003.
Cécile CALLA        

Réinsertion : en partant aider les populations en danger, les bénévoles préparent rarement leur retour. Et le paient cher.

LE RETOUR DELICAT DES HUMANITAIRES

 

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L'humanitaire, par l'engagement qu'il suscite, possède un réel pouvoir de séduction. Mais l'envers du décor est sans doute moins attirant. Chaque année, les grandes associations - Médecins Sans Frontières, Action Contre la Faim, Médecins Du Monde - envoient plus d'un millier de volontaires à l'étranger. Un chiffre infime par rapport à la masse de CV qui parviennent chaque mois au siège des ONG (Organisations Non Gouvernementales). Mais les choses se corsent quand les volontaires reviennent en France, après avoir passé plusieurs années sur le terrain.

Journaliste de formation, Alexandre est arrivé "presque par hasard", comme observateur pour les élections au Mozambique en 1994. Après ce baptême, il accepte sans hésiter un contrat au Rwanda pour enquêter sur le génocide. Par la suite, il enchaîne plusieurs missions jusqu'en décembre 2000.

Initialement chauffeur de poids lourd, Laurent s'y engage en 1993. En contrat avec Pharmaciens Sans Frontières, son patron lui demande un jour de 1992 d'aller charger des surplus d'aide humanitaire pour l'Albanie. A cette occasion, il rencontre des expatriés et décide au retour de contacter différentes ONG. Il décroche ainsi une mission de 6 mois en Bosnie. Il y restera près de 5 ans. D'autres missions le conduiront au Congo, au Timor, ou en Afghanistan.

Retour chez les parents pour les plus démunis

Partis à l'origine seulement pour quelques mois, les volontaires de l'humanitaire restent souvent plusieurs années dans le circuit. Selon la coordination des ONG françaises, les expatriés partent en moyenne deux ans. Près de la moitié d'entre eux ont entre 25 et 29 ans. Les motivations varient d'un volontaire à l'autre.

Le goût de l'aventure pour les premiers, la fuite pour les seconds. Seule certitude, une fois dans le bain, les expatriés ont bien du mal à quitter ce monde de la solidarité internationale. "C'est un peu comme un virus, on l'a à vie", souligne Alexandre, un ex-volontaire âgé de 41 ans. Néanmoins, "le besoin de stabilité" rend le retour inévitable. "Il y a un moment où il faut concilier vie professionnelle et vie privée" , constate Alexandre, marié et père d'une petite fille.

C'est là que les difficultés commencent. Après une longue absence, la réinsertion relève parfois d'un véritable parcours du combattant. Après avoir passé près de six ans en Afrique, Isabelle, ethnologue de formation, découvre avec stupeur qu'elle n'a droits ni aux Assedic ni à la sécurité sociale.