Article paru dans Challenges -
Septembre 2004 n° 230.
Bertrand FRAYSSE

Que vaut sur un CV l'expérience ONG ?

 

Challenges
1-  Ne pas se faire d’illusions sur la filière
2-  Préférer une expérience d’une durée limitée
3-  Se prémunir contre les risques de la précarité 
4-  Fuir les postures d’ancien combattant
5-  Traduire ses acquis en langage d’entreprise
6-  Garder un pied dans l’humanitaire 
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2- Préférer une expérience d’une durée limitée


Pour la majorité des candidats à l’humanitaire, l’engagement en ONG constitue une simple parenthèse. C’est le cas d’Isabelle Guiraudie, rentrée d’Afghanistan en septembre 2003, après une mission de neuf mois pour MSF. Après cinq ans de conseil en ressources humaines, elle a obtenu un congé sabbatique. « Je voulais d’abord voir si c’était mon truc. C’était une expérience magnifique, mais l’humanitaire ne s’inscrit pas dans la durée. » Aujourd’hui, la jeune femme est responsable de projet RH au Club Med, « un poste bien plus riche que celui que j’avais en Afghanistan » .

3- Se prémunir contre les risques de la précarité


Les métiers de l’humanitaire restent en effet précaires. Environ 90 % des expatriés sont des « volontaires de la solidarité internationale »,

un statut spécifique à la France : nourris et blanchis sur place, avec juste une petite indemnité versée sur un compte bloqué en France. De 150 à 750 euros par mois : pas de quoi préparer ses vieux jours. Et surtout, pas d’allocations de chômage ! Du coup, en revenant de mission, nombre de volontaires se retrouvent avec le minimum vital et n’ont de cesse de repartir, contraints et forcés. Seule solution, difficile à mettre en pratique : trouver un travail entre les missions. Pour ne pas perdre ses repères et… toucher les Assedic.

4- Fuir les postures d’ancien combattant


L’expérience de l’humanitaire est intense, surtout dans les ONG d’urgence. Isabelle Guiraudie à eu du mal à s’habituer au sifflement des roquettes s’abattant sur Kaboul. Béatrice Audollent se souvient bien de l’« odeur de la mort » au Rwanda. Ces sensations fortes, les anciens ont du mal à les communiquer à leurs amis restés au pays.

Alors, ils se retrouvent entre eux, un peu comme des anciens combattants. « Dans une ONG, la frontière entre boulot et vie privée n’est jamais très nette » , remarque Béatrice Audollent. Pour ceux qui veulent « couper le cordon », Eric Gazeau préconise « un plan de réadaptation culturelle et psychologique » : utiliser les réseaux professionnels, rencontrer des associations, faire un bilan de compétences à l’Apec, bref sortir du milieu ONG pour construire son avenir ailleurs.

5- Traduire ses acquis en langage d’entreprise


Certaines entreprises sont de plus en plus demandeuses : celles qui s’impliquent, souvent à travers des fondations, dans des grands projets de coopération internationale (Air France, EDF, Carrefour…), ou bien celles qui misent sur les économies émergentes. Ailleurs, la méfiance règne.