Article paru dans Challenges - Septembre 2004 n° 230. Bertrand FRAYSSE
Il ne faut pas rêver, il est très difficile dintégrer une entreprise après un travail dans lhumanitaire. Comment limiter les risques.
Que vaut sur un CV l'expérience ONG ?
Béatrice
Audollent a eu deux fois de la chance. La première fois, en
1996. La jeune femme venait denchaîner quatre missions pour
Médecins sans frontières (MSF) et Solidarités : Bosnie,
Rwanda, Tchétchénie, Angola. MSF lui propose de «
se poser » en acceptant un poste au siège, où elle
restera cinq ans. Le second coup de chance, cest lannonce
passée par Hachette pour son poste actuel : responsable de la commercialisation
de livres éducatifs en Afrique. Ecole de commerce, la trentaine
: elle na pas le profil. Cependant un petit détail attire
son attention : une expérience en ONG est appréciée,
« idéalement dans le secteur de la santé »
. Dabord éconduite, elle insiste, obtient des rendez-vous
et décroche le job.
Question de pugnacité, mais aussi coup de chance. Car les petits soldats de lhumanitaire sen sortent rarement aussi bien. Les postes aux sièges des ONG sont rares : entre 50 et 70 salariés à MSF, Médecins du monde ou Action contre la faim ;
pas plus de 150 chez le « leader », le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD). Et les passerelles entr e l humanitaire et lentreprise demeurent fragiles. « Lexpérience de la solidarité internationale est rarement ressentie comme un plus par les entreprises » , déplore Eric Gazeau, le responsable de lassociation Résonances humanitaires (www. resonanceshumanitaires.org). La reconversion est donc difficile, mais pas impossible.
1- Ne pas se faire dillusions sur la filière
Les « métiers de la solidarité internationale » font de plus en plus envie. Quelque 900 candidatures au DESS de coopération internationale de Paris I en 2001, 1 200 en 2003, pour une quarantaine de places : la demande augmente et les formations se multiplient. La plupart des 1 500 volontaires qui partent chaque année nont cependant pas forcément reçu de formation spécialisée.
Seule une minorité fait de lhumanitaire un métier, et enchaîne les missions. « On vous envoie un an en Bosnie. Dès votre retour, on vous dit : il y a un problème au Soudan. Vous repartez. Et vous devenez un professionnel presque sans le savoir » , explique Eric Gazeau. Que ce soit comme « administrateur » (responsable des finances et du personnel), technicien (médecin, nutritionniste ou agronome) ou bien encore logisticien, lexpérience en ONG permet dacquérir des responsabilités à vitesse accélérée. Dès sa première mission en Bosnie, Béatrice Audollent devait gérer le suivi de la distribution alimentaire auprès de 450 000 réfugiés ; trois ans plus tard, en Angola, elle dirigeait une équipe de plus de 500 personnes. A 25 ans, tout juste sorti de Sciences-Po Lille, Aymeric Bas dirigeait à Kaboul pour Médecins du monde un staff de dix expatriés et dune trentaine de locaux. Beaucoup de responsabilités, et de désillusions : « Sur place, vous rencontrez des ministres mais, de retour en France, vous touchez le RMI. »