Article de Corentin Orsini N°469 - mai 2006 de la revue Personnel de l'Association Nationale des Directeurs et Cadres de la fonction Personnel (ANDCP).
Les ONG ont tout intérêt à se rapprocher des entreprises
Soutenir les expatriés de retour de mission humanitaire dans leur réinsertion professionnelle, tel est l'objectif que s'est fixé Eric Gazeau, directeur de Résonances Humanitaires. Cet ancien volontaire sur le terrain plaide pour une réconciliation entre le monde associatif et l'entreprise.

Oubliez vos clichés. L'humanitaire n'est plus l'apanage des idéalistes. Il paraîtrait même qu'il y a des individus rationnels dans les ONG ! La seule association " Solidarités " reçoit 5000 candidatures par an, et envoie une centaine de personnes en mission au final. " C'est bien la preuve que l'humanitaire s'est professionnalisé et que les volontaires sont sélectionnés pour leurs qualités et leurs compétences ". Eric Gazeau tient un discours pragmatique. Lorsqu'il a fondé avec une dizaine de collègues issus du monde des ONG l'association " Résonances humanitaires " en 2002, il a d'abord voulu apporter un soutien aux anciens expatriés de l'humanitaire qui revenaient vivre en France. Un soutien psychologique autant que professionnel. Parce que, comme il l'explique sur le site de l'association (www.resonanceshumanitaires.org), " les expatriés de retour ont de très grandes difficultés à se projeter à moyen ou long terme sur le plan professionnel, malgré un niveau moyen d'études élevé et les responsabilités qu'ils ont exercées, et ces mêmes expatriés éprouvent fréquemment un sentiment d'isolement et d'incompréhension à leur retour de mission ".
Lui-même a connu cette situation, personnellement et dans son entourage.
Il faut dire que question engagement solidaire, Eric Gazeau n'y est pas
allé de main morte. La Bosnie, le Rwanda, la Somalie, l'Afghanistan,
le Soudan
Et même lorsqu'il rentre en France, en 2000, il
fait le choix de gérer les RH au Samu social de Paris. "
C'est là que c'était le plus dur. Parce que dans un pays
riche comme le nôtre, il y a en fait beaucoup d'exclus, de personnes
en détresse, qui ne sont pas justifiés par une situation
de conflit ou de famine ". L'expérience qui l'a profondément
marqué, c'est la Bosnie, " la première, comme beaucoup
de volontaires des ONG ". Il devait y partir trois mois, il y est
resté un an.
Aller voir pourquoi les Balkans éclatent
Ce grand quadragénaire aux yeux bleus a suivi des études commerciales, avant d'effectuer son service national à la Réunion, dans le cadre de l'assistance technique aux départements et territoires d'Outre-mer. Un premier pas dans le volontariat, qui lui a donné le virus de l'engagement international et le goût du voyage, qu'il avait déjà acquis en mission au Moyen-Orient à la fin de sa scolarité, lors d'un stage qui l'avait amené en Syrie, en Jordanie et en Irak. Il commence ensuite une vie professionnelle " classique ", chez Lesieur et chez Medialogie. Six années passées à occuper des postes commerciaux et à vivre " sur une petite planète ". C'est alors que les Balkans éclatent. " J'avais envie d'aller voir pourquoi " se justifie Eric Gazeau, quant à son départ pour la Bosnie. " J'ai démissionné de chez Medialogie et j'ai commencé à envoyer des CV. Pas de réponses pendant un an, ni du côté des entreprises, ni du côté des ONG ! J'ai connu une vraie précarité jusqu'à ce que " Solidarités " me propose cette mission en Bosnie ".

Ca a été comme un déclic. De retour en France, l'association lui propose une nouvelle mission au Sud Soudan, puis il enchaîne quatre ans durant avec Médecins Sans Frontières au Rwanda, en Somalie et en Afghanistan. Après un an de " repos " en DESS d'aide humanitaire internationale à Aix-en-Provence, il repart pour le Kosovo et Madagascar. A son retour à Paris, au Samu social, il se sent à l'aise. " La moitié des gens qu'on accueillait venait de l'immigration. C'était donc des populations que je connaissais, qui m'avaient accueilli en quelque sorte dans leur pays. Je connaissais leur passé, la route qu'ils avaient suivie pour arriver jusqu'à chez nous. Je n'avais aucun préjugé ni aucune condescendance grâce à mes expériences à l'autre bout du monde ".